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Transformateurs électriques : Azazga à la traîne face aux fabricants étrangers

Par Djaffar OUIGRA 1 décembre 2025

Le ministre de l’Énergie et des Énergies renouvelables, Mourad Adjal, s’est rendu lundi 1er décembre 2025 à Azazga, dans la wilaya de Tizi Ouzou, pour une visite de travail qui avait valeur de rappel à l’ordre. Sur place, le projet d’usine de transformateurs électriques de haute tension, porté par Electro-Industries (ENEL) en partenariat avec Sonelgaz et l’indien Vijay Electric Limited, affiche des années de retard alors que le marché, lui, n’a pas attendu.

L’investissement est estimé à 4,7 milliards de dinars. Le projet devait créer 358 emplois permanents et entrer en production 22 mois après son lancement en 2018. Sept ans plus tard, l’usine n’est toujours pas opérationnelle. Entre-temps, la demande en équipements électriques a fortement augmenté et la concurrence internationale, notamment chinoise, s’est renforcée. Plus le chantier s’éternise, plus la fenêtre d’opportunité se rétrécit.

Un outil industriel stratégique qui arrive trop tard

Le ministre souligne en effet que le marché national manque de transformateurs de forte puissance. Les délais d’approvisionnement peuvent atteindre 18 mois pour un transformateur de 400 kV. Ce niveau de tension sur les délais n’est plus compatible avec les besoins d’un réseau appelé à se densifier et à intégrer de nouveaux projets, y compris dans les énergies renouvelables.

ENEL a déjà permis de réduire d’environ 60 % les importations de transformateurs, ce qui montre l’intérêt d’une production locale structurée. Mais cette base ne suffit pas. Tant que la nouvelle unité d’Azazga reste à l’état de chantier, l’Algérie continue de dépendre partiellement des importations pour des équipements critiques, avec un impact direct sur les coûts et sur les délais des projets électriques.

Mourad Adjal a présenté la mise en service du site comme un objectif de souveraineté énergétique, pas seulement comme un jalon industriel. Il a fixé une nouvelle échéance : finaliser l’usine d’ici le premier semestre 2027. Cet horizon laisse encore plus de deux ans et demi de travaux, alors même que le projet accuse déjà un décalage de presque une décennie par rapport au calendrier initial. Le décalage entre les annonces et le rythme réel de réalisation reste donc au cœur du problème.

Un site qui doit rattraper des années perdues sur un marché plus compétitif

Face au ministre, le PDG d’ENEL, Amar Medjeber, a reconnu l’ampleur des retards avant d’annoncer une accélération du projet. Il s’engage sur une fin de chantier en mars 2027 et un démarrage industriel en août de la même année. Ce calendrier est désormais public. Il fixe une ligne de responsabilité claire pour l’entreprise et ses partenaires.

Le contexte concurrentiel est, lui, beaucoup moins indulgent. Les fabricants chinois dominent largement le marché des bobines et des équipements électriques à haute et moyenne tension. Ils disposent d’échelles de production et de prix qui mettent sous pression les producteurs locaux. Pour rester crédible, ENEL mise sur un positionnement différent : la qualité de la production, l’intégration dans le système électrique national et une base technologique appuyée depuis plusieurs années sur du matériel d’origine allemande.

Le projet d’Azazga est aussi pensé comme un outil de montée en compétences. ENEL prévoit de collaborer avec l’Université Mouloud-Mammeri de Tizi Ouzou, en intégrant des étudiants et jeunes diplômés en électrotechnique. L’idée est de constituer un vivier de techniciens et d’ingénieurs formés sur place, capables de soutenir une production continue et de participer, à terme, à des projets d’exportation.

Sur ce point, l’entreprise affiche des ambitions. La nouvelle unité vise, à moyen terme, des marchés en Mauritanie, au Nigeria et au Sénégal. En théorie, la combinaison “production locale, savoir-faire, proximité géographique” peut offrir un avantage comparatif. Mais cette stratégie repose sur une condition simple : que l’usine soit enfin opérationnelle et en mesure de livrer, dans les délais, des produits compétitifs répondant aux standards internationaux.

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