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La Chine est moins un bailleur du Sud global qu’un créancier des pays riches (rapport)

Par Maghreb Emergent 4 décembre 2025
La China Investment Corporation (CIC), un des principaux fonds souverains chinois. (Wikimedia Commons)

Pendant deux décennies, la Chine a été perçue comme un acteur central du développement dans le Sud global. Le rapport AidData 2025 révèle un basculement stratégique : la majorité des financements extérieurs de Pékin se dirigent désormais vers les économies avancées, modifiant profondément son rôle sur la scène économique mondiale.

Le Sud global n’est pas la priorité

Pendant longtemps, la Chine incarnait l’image d’un partenaire du développement pour l’Afrique, l’Asie et l’Amérique latine à travers les « Nouvelles Routes de la soie ». Cette perception est désormais dépassée. Sur les 2 200 milliards de dollars engagés entre 2000 et 2023 dans plus de 200 pays, plus des trois quarts des flux se dirigent aujourd’hui vers des économies développées ou à revenu intermédiaire supérieur.

Les États-Unis sont les principaux bénéficiaires avec 202 milliards de dollars répartis sur près de 2 500 projets, suivis de la Russie (172 milliards) et de l’Union européenne (161 milliards). L’Australie dépasse 130 milliards et le Royaume-Uni 60 milliards. Ces chiffres montrent que la Chine ne cible plus prioritairement les pays en développement, mais les puissances occidentales et ses rivaux stratégiques. Ce basculement s’accompagne d’une mutation de la nature des investissements.

La Chine s’éloigne des mégaprojets d’infrastructures classiques pour se concentrer sur les secteurs stratégiques et à forte valeur ajoutée : infrastructures sensibles, technologies de pointe, ressources critiques et chaînes industrielles essentielles. Les financements passent souvent par des structures complexes mêlant acteurs publics et privés, ce qui rend plus difficile l’évaluation de leur impact.

Un tournant aux implications globales

Cette réorientation se traduit également par un recul marqué de l’aide publique au développement chinoise, tombée en 2023 à 1,9 milliard de dollars, son niveau le plus bas depuis vingt ans. La Chine ne se retire pas du Sud global, mais privilégie désormais les prêts commerciaux et les investissements stratégiques. L’objectif n’est plus la solidarité, mais l’influence et la sécurité économique.

Pour l’Algérie et d’autres pays du Sud, ce pivot constitue un signal clair : la Chine reste un partenaire important, mais les priorités changent. Les projets les plus attractifs seront ceux liés aux chaînes industrielles mondiales et aux secteurs technologiques, plutôt qu’aux infrastructures classiques. Un repositionnement essentiel à comprendre pour anticiper les opportunités et les défis économiques des prochaines années.

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