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La Bourse d’Alger se digitalise, mais tourne toujours à vide

Par Yasser K 1 novembre 2025
Façade du siège de la Bourse d’Alger, un marché marqué par la faible liquidité et des échanges sporadiques.
Avec 5,4 milliards de dollars de capitalisation, la place d’Alger reste l’une des plus petites du monde arabe. (DR)

La Commission d’organisation et de surveillance des opérations de bourse (COSOB) affirme être “en phase très avancée” du projet de numérisation des ordres de vente et d’achat à la Bourse d’Alger. L’institution assure que le dispositif sera bientôt opérationnel, à l’issue de plusieurs séances de travail avec les intermédiaires agréés, conformément à l’instruction n° 24-10 du 31 décembre 2024.

Chaque courtier est désormais chargé de développer sa propre plateforme digitale permettant d’émettre, de suivre et de programmer automatiquement les ordres de bourse, tout en donnant accès en ligne aux portefeuilles d’actions et d’obligations. Une évolution présentée comme un pas important vers la modernisation du marché financier national.

Le numérique contre l’immobilisme

Mais ce virage technologique se heurte à une réalité beaucoup moins dynamique. La Bourse d’Alger reste un marché à faible profondeur, avec à peine huit entreprises cotées, dont Saïdal, Biopharm, Alliance Assurances, Aurassi ou encore le CPA et la BDL. Les volumes d’échanges demeurent limités et la liquidité quasi absente. La majorité des titres s’échangent rarement, quand ils ne stagnent pas totalement.

Malgré la hausse de la capitalisation enregistrée au premier trimestre 2025, passée de 3,48 à 5,39 milliards de dollars selon le Fonds monétaire arabe, cette progression tient davantage à des effets d’évaluation qu’à une véritable relance des transactions. La Bourse d’Alger reste, pour beaucoup d’entreprises, une vitrine institutionnelle plus qu’un levier de financement.

Un marché sous perfusion

Depuis deux ans, les autorités tentent de redonner vie à la place d’Alger à coups de réformes, d’introductions publiques et de promesses de digitalisation. Mais la méfiance persiste : les investisseurs individuels restent peu nombreux, les entreprises craignent la transparence imposée par la cotation, et les intermédiaires boursiers peinent à attirer une clientèle au-delà des grands comptes institutionnels.

La numérisation des ordres de bourse, aussi avancée soit-elle, ne suffira pas à résoudre ces blocages structurels. Sans véritable politique d’incitation à l’introduction en bourse et sans élargissement du champ des acteurs, le marché continuera de tourner en vase clos.

En théorie, le projet de la COSOB peut simplifier l’accès aux titres et ouvrir la voie à une nouvelle génération d’investisseurs algériens. En pratique, il risque de numériser un système qui demeure étroit, prudent et peu transparent. La modernisation technologique de la Bourse d’Alger est une étape nécessaire, mais elle ne sera utile que si elle s’accompagne d’un changement de culture économique : faire de la Bourse non plus une vitrine administrative, mais un outil réel de financement et de confiance.

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